« Si un homme nourrit de la colère contre un autre, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses propres péchés? » Tirées de la première lecture de ce dimanche, ces questions révèlent une belle sagesse et ont l’avantage de nous bousculer intérieurement. Elles nous rejoignent personnellement, comme elles ont rejoint autrefois les apôtres et, plus tard, la petite communauté chrétienne de Matthieu. À ces interrogations, Jésus répond par une parabole.
L’Évangile de ce dimanche nous ramène au cœur de la communauté chrétienne de Jérusalem, environ cinquante ans après la mort et la résurrection du Christ. Matthieu écrit pour des disciples qui vivent dans la ville même où Jésus a été crucifié, et où la présence des chrétiens est désormais perçue comme une menace pour le judaïsme. Rejetés, mis à l’écart comme des lépreux, ils doivent apprendre à vivre leur foi dans un climat de persécution, de suspicion et de découragement.
Difficile, dans ce contexte, de vivre sa foi sans ressentir de la rancune, de la vengeance ou de la colère. À cette communauté durement éprouvée, Matthieu offre une parabole de Jésus comme une réponse spirituelle au mal de vivre : celle du maître saisi de compassion qui remet la dette de son serviteur. Cette image, si simple et si puissante, révèle le cœur de Dieu : un cœur qui ne calcule pas, qui ne fixe pas de limites, qui ne se lasse jamais de relever et de libérer.
La compassion de Dieu n’est pas une idée abstraite. Elle est un mouvement intérieur, une force qui nous traverse et nous transforme. Jésus le rappelle à Pierre : le pardon n’est pas une question de chiffres, mais une conversion du cœur. Nous aimerions parfois savoir jusqu’où aller, où placer la limite… mais la logique de Dieu n’est pas celle du calcul. Elle est celle de la miséricorde.
La première lecture nous aide à comprendre cela autrement. Ben Sirac nous dit essentiellement : « Passe par-dessus l’offense. » On ne peut pas effacer une blessure, pas plus qu’il n’est possible d’effacer une cicatrice. Mais on peut choisir de ne pas laisser cette blessure diriger notre vie. Pardonner, ce n’est pas oublier. C’est décider que l’offense n’aura pas le dernier mot. Bonne semaine!
Yvan Demers, coordonnateur
Secteur pastoral de Bellevue
En ce 23ᵉ dimanche ordinaire, la Parole de Dieu nous invite à prêter une attention vraie et bienveillante à ce que le Seigneur nous dit, mais aussi à ce que nos frères et sœurs nous font entendre. Dieu parle souvent à travers ceux qui croisent notre route. En vivant ainsi, nous devenons des ponts, des passeurs, capables d’aider notre monde à avancer sur le chemin de la conversion et de la vie nouvelle.
Et c’est aussi de cette manière que l’amour s’enracine dans nos cœurs, pour que nous puissions répondre pleinement à la Loi du Seigneur : être proches les uns des autres, soutenir, encourager, relever. Alors, ouvrons-nous aujourd’hui à la présence du Seigneur. Laissons-le guider nos pas. Bonne semaine !
Abbé Justin Ndoole, curé
Secteur pastoral de Bellevue