La liturgie de l’Église nous offre aujourd’hui un Évangile qui saisit l’imagination : celui de Jésus marchant sur les eaux. Rappelons-nous que saint Matthieu n’écrit pas comme un journaliste. Son Évangile a été rédigé environ cinquante ans après la mort et la résurrection du Christ. Alors, que veut-il nous transmettre à travers ce récit étonnant ? On pourrait croire qu’il cherche simplement à montrer la puissance de Jésus. Mais au-delà du caractère spectaculaire, quel sens cet événement a-t-il pour les apôtres, et comment cette page d’Évangile peut-elle nourrir notre foi aujourd’hui ?
La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Parfois, les eaux se soulèvent lorsque des vents contraires viennent bousculer nos certitudes, notre confort, notre sécurité. C’était vrai pour les apôtres, et c’est vrai pour nous. C’est aussi vrai pour l’Église, qui ressemble souvent à cette petite barque secouée par les flots du temps. L’Évangile de ce dimanche résonne donc profondément avec notre vie personnelle et avec la vie de notre communauté. Comme Pierre, nous voulons suivre Jésus, mais il arrive que la peur du changement, les épreuves, les deuils ou les difficultés nous submergent.
Les tempêtes ne manquent pas dans l’Église : scandales, restructurations, fermetures, désengagement de certains fidèles… Et c’est précisément dans ce contexte que retentit pour nous la parole du Seigneur : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! »
Cet Évangile me rappelle que suivre le Christ, répondre à son appel, ce n’est pas vivre dans la nostalgie du passé. C’est regarder en avant, lui faire confiance et bâtir l’avenir avec lui. Si je consacre toute mon énergie à préserver un héritage, des habitudes ou des manières de vivre ma foi comme au temps de ma jeunesse, aurai-je encore la disponibilité intérieure pour ouvrir de nouveaux chemins, tracer de nouvelles routes à la suite du Christ ? Que cette semaine soit pour nous un temps d’élan, de confiance et d’abandon entre les mains du Seigneur.
Yvan Demers, coordonnateur
Secteur pastoral de Bellevue
Aujourd’hui, l’Évangile nous met face à une tentation très humaine : la compassion sans action. Les disciples voient la foule affamée, ils comprennent le besoin, ils se préoccupent... et pourtant, ils veulent renvoyer les gens pour qu’ils se débrouillent. Jésus leur répond autrement : donnez-leur à manger. Autrement dit : arrêtez de seulement « souhaiter » et passez à « agir ».
Ce passage nous dérange parce qu’il touche à notre réalisme. Nous aussi, nous pensons parfois : « Ce que je peux offrir est trop peu. » Cinq pains et deux poissons, face à une foule immense... Cela paraît impossible. Et pourtant, c’est exactement là que Dieu intervient. Il ne méprise pas le petit : il le bénit. La grâce ne remplace pas notre responsabilité ; elle la multiplie.
L’histoire des étoiles de mer échouées sur la plage nous éclaire. Pour une seule étoile de mer rejetée à la mer sur des milliers échouées, pour celle-là, la vie est redonnée. Nous pouvons faire de même : aider « un peu », mais vraiment. Partager ce qu’on a. Prendre du temps. Écouter. Soutenir quelqu’un qui traverse une difficulté. Offrir une aide concrète à celui qui a faim : faim de nourriture, de dignité, d’amour, de paix.
Finalement, la question n’est pas seulement « Est-ce que je prie ? » La question est : « Est-ce que ma prière devient un engagement ? » Dieu peut agir, mais il veut aussi que nous offrions nos « cinq pains et deux poissons ». Même si c’est petit, ce petit peut devenir, avec Dieu, une vraie nourriture pour beaucoup. Alors, cette semaine : quels seront mes cinq pains et mes deux poissons ? Et à qui puis-je le donner, dès maintenant?
Abbé Tobias Bekong, vicaire
Secteur pastoral de Bellevue