L’Évangile de ce dimanche parle d’une situation très concrète : dans un champ, l’ivraie pousse avec le blé. Au lieu de tout arracher tout de suite, le fermier laisse faire jusqu’à la récolte. Jésus nous révèle par là un visage essentiel de Dieu : sa patience. Cette patience peut sembler difficile à comprendre. Quand on regarde le monde, on a parfois l’impression que le mal avance : certains profitent, certains écrasent, certains trompent.
Et nous pouvons être tentés de penser que Dieu « laisse faire ». Or, la parabole suggère autre chose : Dieu laisse du temps parce qu’il veut que le changement soit possible. L’ivraie ne devient pas du blé, mais le pécheur peut changer. Dieu offre des occasions, des grâces, des appels, même à la dernière heure.
Cela nous aide aussi pour notre vie spirituelle. Il existe des « ivraies » qui gênent notre croissance : mauvaises habitudes, mauvais exemples, injustices, blessures. Ces choses peuvent ralentir notre maturité. Pourtant, elles ne suppriment pas la foi si nous la nourrissons. Elles rendent simplement la route plus rude.
La parabole propose alors une double attitude. Premièrement, apprendre à être patient avec ceux qui rendent notre vie de foi plus difficile. Répondre par la haine ne fera jamais grandir le blé. Deuxièmement, apprendre à imiter Dieu : prier pour la conversion de ceux qui ont choisi le mal, sans approuver leurs actes. Au fond, Jésus nous dit : le jugement appartient à Dieu, et la patience de Dieu n’est pas faiblesse. C’est un chemin de salut.
Puissions-nous ne pas perdre cette opportunité intérieure : accueillir la grâce maintenant et devenir, par notre charité et notre prière, une présence qui aide d’autres personnes à revenir vers le bien.
Abbé Tobias Bekong, vicaire
Secteur pastoral de Bellevue
La liturgie de ce dimanche nous offre des textes connus de plusieurs, et les images qu’ils déploient sont de véritables symboles pour parler de l’action de Dieu dans nos vies. Pourtant, un détail mérite que l’on s’y arrête : les échecs répétés du semeur dans l’Évangile. Est-ce que ces échecs évoquent ceux que Jésus lui-même a vécus dans l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Probablement. Évoquent-ils aussi les difficultés rencontrées par les premières communautés chrétiennes dans leur mission ? Assurément.
Au moment où Matthieu rédige son évangile, annoncer le Christ pouvait coûter très cher: parfois la vie, souvent des persécutions redoutables. Dans ce contexte, la parabole du semeur, et l’explication que Jésus en donne, résonne comme un miroir des obstacles auxquels les disciples étaient confrontés. Elle devient une manière de relire leurs épreuves à la lumière de la foi. Et pourtant, Jésus affirme qu’il y aura une récolte abondante : cent, soixante ou trente pour un. Sur ce point, il nous invite à la confiance. Mais cette confiance a un prix : celui des essais, des erreurs et des recommencements. Rien n’était simple au temps de Jésus… alors pourquoi serait-ce différent pour nous aujourd’hui ?
Être une bonne terre, c’est accepter de garder un cœur disponible, ouvert, prêt à accueillir Dieu comme un don. Et un don, même offert avec les meilleures intentions, peut être accueilli, refusé… ou même rejeté. Dieu ne force jamais la porte. Les textes de ce dimanche nous appellent donc à la patience et à la confiance du Semeur : « Ma parole ne reviendra pas vers moi sans résultat, sans avoir accompli sa mission. » Cela demande un certain lâcher-prise car, dans le projet de Dieu, notre vocation est étonnamment simple. À la suite du Christ, nous sommes des semeurs. La croissance, elle, appartient à Dieu. Alors ayons confiance : Dieu travaille le cœur des hommes et des femmes de notre temps, souvent de manière discrète, parfois inattendue, mais toujours réelle. N’en doutons pas. Bonne semaine… et bonnes vacances !
Yvan Demers, coordonnateur
Secteur pastoral de Bellevue