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Il suffit parfois d’une seule image pour changer notre façon de penser Dieu. Dans la parabole des ouvriers de la vigne, des travailleurs sont embauchés à des heures différentes. Certains ont travaillé toute la journée, mais d’autres, seulement une partie. Pourtant, à la fin, tous reçoivent la même paie.  Ce récit déstabilise, parce qu’il met en lumière notre réflexe humain : comparer, calculer, mesurer. Les ouvriers arrivés tôt se disent : « J’ai fourni plus d’effort, donc je dois recevoir plus. » Leur plainte ne naît pas seulement de la déception : elle révèle une mentalité de compétition.

Jésus ne nous enseigne pas que le travail n’a pas d’importance. Il nous enseigne autre chose : la manière dont Dieu agit. Le Royaume de Dieu n’est pas d’abord une institution où tout fonctionne comme un contrat. Il est une famille, un espace de confiance et de fraternité. Dans une famille, on n’aime pas en comptant les heures ; on aime en donnant et en reconnaissant l’autre.  La grande question pour nous est donc celle-ci : comment vivons-nous notre foi ? Voyons-nous l’Église comme un lieu de rivalité du « chacun pour soi, chacun contre l’autre », ou comme une maison commune où l’on se réjouit du bien des autres ?  Si Dieu récompense avec générosité, ce n’est pas pour effacer le mérite, mais pour révéler sa justice et sa miséricorde. Il nous invite à sortir de la jalousie et à entrer dans un esprit de communion.

Prions pour avoir un cœur d’enfant : un cœur capable de dire non pas «C’est injuste !», mais « Merci, Seigneur !». Merci pour ton Royaume qui rassemble, qui appelle et qui fait de nous une même famille.

Abbé Tobias Bekong, vicaire
Secteur pastoral de Bellevue

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« Si un homme nourrit de la colère contre un autre, comment peut-il demander à Dieu la guérison ?  S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses propres péchés? »  Tirées de la première lecture de ce dimanche, ces questions révèlent une belle sagesse et ont l’avantage de nous bousculer intérieurement. Elles nous rejoignent personnellement, comme elles ont rejoint autrefois les apôtres et, plus tard, la petite communauté chrétienne de Matthieu. À ces interrogations, Jésus répond par une parabole.

L’Évangile de ce dimanche nous ramène au cœur de la communauté chrétienne de Jérusalem, environ cinquante ans après la mort et la résurrection du Christ. Matthieu écrit pour des disciples qui vivent dans la ville même où Jésus a été crucifié, et où la présence des chrétiens est désormais perçue comme une menace pour le judaïsme. Rejetés, mis à l’écart comme des lépreux, ils doivent apprendre à vivre leur foi dans un climat de persécution, de suspicion et de découragement.

Difficile, dans ce contexte, de vivre sa foi sans ressentir de la rancune, de la vengeance ou de la colère. À cette communauté durement éprouvée, Matthieu offre une parabole de Jésus comme une réponse spirituelle au mal de vivre : celle du maître saisi de compassion qui remet la dette de son serviteur. Cette image, si simple et si puissante, révèle le cœur de Dieu : un cœur qui ne calcule pas, qui ne fixe pas de limites, qui ne se lasse jamais de relever et de libérer.

La compassion de Dieu n’est pas une idée abstraite. Elle est un mouvement intérieur, une force qui nous traverse et nous transforme. Jésus le rappelle à Pierre : le pardon n’est pas une question de chiffres, mais une conversion du cœur. Nous aimerions parfois savoir jusqu’où aller, où placer la limite… mais la logique de Dieu n’est pas celle du calcul. Elle est celle de la miséricorde.

La première lecture nous aide à comprendre cela autrement. Ben Sirac nous dit essentiellement : « Passe par-dessus l’offense. » On ne peut pas effacer une blessure, pas plus qu’il n’est possible d’effacer une cicatrice. Mais on peut choisir de ne pas laisser cette blessure diriger notre vie. Pardonner, ce n’est pas oublier. C’est décider que l’offense n’aura pas le dernier mot.  Bonne semaine!

Yvan Demers, coordonnateur
Secteur pastoral de Bellevue